Fort est de constater que les mots me manquent ces dernières semaines, j'ignore s'il s'agit d'un trop plein ou d'un pas assez mais qu'importe, je remplace les mots par la musique et vous recommande fortement aujourd'hui Dead Rock Machine. Un groupe Rouennais, ma découverte myspace du moment, de la musique qui me donne l'envie de...Parce que c'est vrai quoi, la vraie question philosophique que je me pose ces jours-ci est celle-la, Why don't you dance, boy ?
Pour les parisiens, ils honoreront la rentrée le 19 septembre à La Scène Bastille.
EDIT : on me souffle dans l'oreillette que le duo est autant rouennais que parisien et qu'un maxi 6 titres intitulé très à propos "Good News" sortira le 29 septembre prochain.
Bientôt, bientôt j'aurai des tas de choses à exprimer par ici...
Je suis arrivée a Hanoi par un très chaud matin de juin. Il était 5 heures et le capitaine de bord annonçait 26 degrés à l'extérieur. Un taxi m'a emmené au coeur de la cité et dès les premières minutes, j'en ai pris plein les yeux. Aux premières heures du jour, les mobilettes affluaient sur la grande route. Mon chauffeur klaxonnait à tout va, slalomant entre les deux roues. Ceux-ci se dirigeaient vers le marché. C'était un spectacle ahurissant : chacun d'eux transportait les marchandises qu'il s'apprêtait à vendre. Fleurs, vases de laque, pièces de viandes ficelées sur le porte-bagages.
J'ai beaucoup écrit pendant ces deux semaines passées à l'autre bout du monde, essayant de capter les moments les plus insolites depuis mon si subjectif point de vue. Pourtant je crois que les mots ne suffisent finalement pas à exprimer tout à fait correctement les impressions.
Il y eut tellement de moments forts, des enfants que j'ai rencontrés à la sublime beauté de la baie d'Halong...
Sans vouloir une seconde verser dans une excessive sentimentalité, ce voyage m'a changée. Je ne vous dis pas que je ne cèderai plus jamais aux sirènes du capitalisme occidental, que je ne me poserai plus toutes les séries de questions aussi superficielles qu'existentielles qui me sont finalement si chères, ce serait utopiste, erronné, stupide, seulement découvrir un autre univers, d'autres moeurs déplace forcément le curseur des repères les plus solidement ancrés. Merci au Vietnam de m'avoir fait réviser mes certitudes et de m'avoir donné envie d'explorer par moi-même d'autres cultures...
Tout est dans le titre. Pour ceux qui suivent, je pars en voyage et je mets ce blog en pause pour le moment et jusqu'à début juillet. A bientôt.
J’ai toujours trouvé joli que le mot amour devienne féminin au pluriel. C’est un peu, pensais-je, comme un juste retour des choses. L’amour n’a pas genre sexuel propre, enfin je me plais à pencher pour cette interprétation poétique.
A l’ère de la performance à tout prix, de la consommation de masse, à l’époque où pour vendre des beignets sur la plage l’été, il faut avoir un Bac + 5, je prône l’imparfait.
Je lis ces jours-ci et de nouveau Christine Montalbetti, Nouvelles sur le sentiment amoureux : de courtes histoires qui racontent les coulisses mentales de la tête de protagonistes en rendez-vous ou lors d’une rencontre.
Il y en a une en particulier qui m’a plue. Elle s’appelle le complexe de Mosca. En quelques mots, un homme rêve de croiser une femme qu’il a brièvement rencontrée dans une soirée, l’aperçoit à un carrefour en ville mais laisse passer la chance de l’aborder.
S’ensuit une réflexion sur cet acte manqué, cette promesse de possible que l’homme n’a pas saisi.
A un moment du récit, celui pendant lequel il reconnaît son éventuelle dulcinée entrain d’attendre au passage piéton, un paragraphe nous dépeint cette femme. Une figure inexpressive, engluée dans ses pensées. Le héros est déçu par ce visage qui ne ressemble que très peu à son imaginaire, dans lequel il avait figé la jeune femme dans une mimique rieuse, alerte, vive. Il ne la trouve pas laide mais le regard involontairement voyeur qu’il lui porte révèle une femme à nu, fragile, intime avec sans doute ses cernes de fatigue et une ride soucieuse qui lui barre le front. Cela le déstabilise.
Je crois que j’aime les rides soucieuses qui barrent le front, comme j’aime les petites cicatrices et j’ai envie qu’on aime les miennes.
Nos cerveaux produisent des images où sont gommées les défauts, naïfs idéalistes. La société véhicule souvent le concept de la perfection à toute berzingue à coup de lift tenseur, de goodbye cellulite, de Q10, d’images photoshoppées, de gouttières de blanchiment, de collants ventre plat… Attention, je ne prône nullement le laisser-aller, le retour aux touffes de poils sous les bras pour nous mesdames et de celles dans les oreilles pour vous messieurs.
Je dis seulement que les imperfections sont le signe le plus criant de la vie.
L’odeur d’un drap inconnu. C’est, je crois, par ce genre de détails impalpables que nos sens perçoivent véritablement qu’ils ont quitté leur univers familier. J’imagine ce moment où je vais m’allonger pour passer cette première nuit de voyage et où reposera sur moi ce drap étranger. Le corps au repos, j’implorerai ma tête de faire se calmer la tempête qui y règnera, la faute aux claques visuelles, sonores, tactiles que j’aurai pris en quelques heures.
Vous le comprenez en lisant ces quelques lignes, que je suis pressée ? Ailleurs, j’ai écrit au sujet de ce jeune japonais qui a causé la mort violente de plusieurs de ses compatriotes. Dans un autre cyberespace, je me suis indignée que la presse fiche sur le dos, déjà courbé par le reproche des moralisateurs, des jeux vidéo et des mangas, l’alibi du tueur. J’ai trouvé le raccourci facile. Il est trop tôt pour connaître les raisons de l’acte sanguinaire qu’a commis ce jeune homme. Mais il est tellement humain de vouloir chercher un motif à l’horreur ou à l’étrange.
Les enfants, encore petits, demandent souvent pourquoi. Pourquoi la nuit, le ciel est noir ? Pourquoi les nuages se baladent ainsi dans le ciel ? Pourquoi les carottes poussent-elles sous terre ? J’en passe et des meilleures. Des pourquoi emprunts de fantaisie. Les parents maugréent et font ce qu’ils peuvent, ignorant la plupart du temps les réponses à ces questions. Les années passent et le curseur de la curiosité se déplace. Ados, les pourquoi tournent autour du sexe et des larmes. Adultes, autour de la guerre et du sang. Généralement.
Je ne fais pas mieux que les journalistes dont je parle au-dessus finalement avec ces poncifs mais je me contente de synthétiser quelques exemples. Et après tout, il y a aussi du sens à vouloir connaître le pourquoi de l’horreur.
Pourtant, pour les deux semaines qui viennent, je vais faire retomber ma curiosité en enfance. Je souhaite parvenir à me poser les questions les plus naïves, preuves cérébrales de ma capacité d’émerveillement de nouveau vivace. Je ne dis pas que je ne croiserai pas sur le chemin le triste ou le sordide. Mais je ne veux pas oublier de me demander pourquoi ce drap, il ne sent pas comme chez moi.
L’attaque n’est pas ma discipline favorite. Je cherche depuis tant de temps un début qui vaille le coup, un truc accrocheur façon slogan publicitaire mais cent fois plus intelligent et plus subtil afin de capter le lecteur et de convaincre quiconque dans l’interstice temporel d’un battement de cils que ma prose vaut le détour. Que sans attendre, il faudrait crier au génie en me lisant, invoquer les gourous de la littérature moderne afin qu’ils se penchent sur mon cas et s’enflamment à la lecture des mes paragraphes. Oui, je sais, c’est un fantasme dénué de toute humilité, c’est tout à fait ce pourquoi c’est un fantasme.
Mais rien ne vient. Je reste engluée dans des formules convenues. Des petites phrases mille fois entendues, au point d’en devenir écoeurantes et galvaudées : introduire en racontant que je tente de « me frayer un chemin dans cette horrible jungle, surmonter les obstacles de ce monde de brutes, tenir droite comme un i dans mes bottes, mordre la vie à pleines dents, remonter la pente », des choses comme ça. La succession de ces sentences ne m’inspirent que des « oui, mais ».
Oui mais, la jungle urbaine est bien plus pernicieuse qu’elle n’en a l’air, on reconnaît mal les prédateurs, idem pour les brutes qui cachent leurs sales manières sous des atours proprets. Faire le i dans mes bottes ? Oui mais seulement par grand beau temps, ma paire en daim gris ne saurait souffrir la moindre goutte de pluie. Croquer l’existence ? Quand déjà j’ai peur d’avoir mal aux dents en mangeant une pomme pas assez mûre ! Remonter la pente ? Je n’ai pas l’âme d’un compétiteur au maillot à pois.
Une jolie collection de « oui mais » pour contrecarrer les sérénades « redresse-courage » que l’on se serine et qui forment de potentielles accroches pleines d’un positivisme d’opérette. Impossible en conséquence de débuter ainsi pour raconter la moindre histoire.
Alors quoi ? Une attaque façon explosion nucléaire ? Un gloubi-boulga de mots qui vous pètent méchamment à la figure, vous atomisent et vous obligent de la sorte à rester scotché au récit ? C’est étrange, remarquez, je ne trouve pas que le plus difficile soit de conclure mais plutôt de commencer quelque chose. Je vais y réfléchir.
on Chut !