L'art du discours
Dans une quinzaine de journées, je me retrouverai dans ce que j'aime à concevoir comme une "situation cinématographique". C'est-à-dire un moment de vie dont je pressens déjà le décor, les plans et les répliques.
Je porterai une robe élégante, des talons, des bijoux, un peu plus de maquillage que d'habitude. Je serai forcément émue entre les murs d'une église malgré ma foi éteinte, je porterai un toast, une coupe de champagne au bout des doigts un peu plus tard. Peut-être même je danserai, parce que j'adore ça danser.
J'assisterai à l'union devant Dieu et les hommes, et de ces deux entités, je ne sais laquelle est la plus valable, d'une amie de dix ans avec son compagnon. Je jouerai un rôle non négligeable dans la distribution : le témoin, celui qui lit un texte pieux et dont la voix résonne et tremble contre les pierres de la nef, celui qui signe de sa plus belle plume le registre.
Ce sera un grand jour, l'un de ceux qui s'inscrivent dans des albums photos, l'un de ceux dont on reparle régulièrement, un marronnier personnel, l'un de ceux qui drainent invariablement un lot d'anecdotes drôles ou absurdes, l'un de ceux qui inspirent mille considérations aussi confuses qu'évidentes, idiotes que censées, en fin de soirée quand le champagne a grisé les âmes pensives.
Je serai sage comme une image, polie, appliquée, bien peignée. Puis je deviendrai enthousiaste, dynamique, survoltée, j'aurai trop chaud. Je terminerai songeuse, fatiguée, les pieds meurtris.
Je sais tout cela d'avance parce que c'est l'équation toute simple : le mariage de l'une de mes amies + moi.
Il n'empêche, je fais celle pour qui tout a été joué d'avance mais j'ai un discours à écrire. Et en observatrice curieuse des autres, j'ai hâte d'assister à l'un des événements charnières de la vie de mon amie.
Comments
-jalouse a.