4 posts tagged “réflexion”
L’odeur d’un drap inconnu. C’est, je crois, par ce genre de détails impalpables que nos sens perçoivent véritablement qu’ils ont quitté leur univers familier. J’imagine ce moment où je vais m’allonger pour passer cette première nuit de voyage et où reposera sur moi ce drap étranger. Le corps au repos, j’implorerai ma tête de faire se calmer la tempête qui y règnera, la faute aux claques visuelles, sonores, tactiles que j’aurai pris en quelques heures.
Vous le comprenez en lisant ces quelques lignes, que je suis pressée ? Ailleurs, j’ai écrit au sujet de ce jeune japonais qui a causé la mort violente de plusieurs de ses compatriotes. Dans un autre cyberespace, je me suis indignée que la presse fiche sur le dos, déjà courbé par le reproche des moralisateurs, des jeux vidéo et des mangas, l’alibi du tueur. J’ai trouvé le raccourci facile. Il est trop tôt pour connaître les raisons de l’acte sanguinaire qu’a commis ce jeune homme. Mais il est tellement humain de vouloir chercher un motif à l’horreur ou à l’étrange.
Les enfants, encore petits, demandent souvent pourquoi. Pourquoi la nuit, le ciel est noir ? Pourquoi les nuages se baladent ainsi dans le ciel ? Pourquoi les carottes poussent-elles sous terre ? J’en passe et des meilleures. Des pourquoi emprunts de fantaisie. Les parents maugréent et font ce qu’ils peuvent, ignorant la plupart du temps les réponses à ces questions. Les années passent et le curseur de la curiosité se déplace. Ados, les pourquoi tournent autour du sexe et des larmes. Adultes, autour de la guerre et du sang. Généralement.
Je ne fais pas mieux que les journalistes dont je parle au-dessus finalement avec ces poncifs mais je me contente de synthétiser quelques exemples. Et après tout, il y a aussi du sens à vouloir connaître le pourquoi de l’horreur.
Pourtant, pour les deux semaines qui viennent, je vais faire retomber ma curiosité en enfance. Je souhaite parvenir à me poser les questions les plus naïves, preuves cérébrales de ma capacité d’émerveillement de nouveau vivace. Je ne dis pas que je ne croiserai pas sur le chemin le triste ou le sordide. Mais je ne veux pas oublier de me demander pourquoi ce drap, il ne sent pas comme chez moi.
Est venu le temps pour moi de vous livrer une part bien plus intime de mon être.
Il m'arrive parfois d'avoir envie de jeter en quelques lignes intenses et sauvages - rien de moins - ici mes états d'âme et ceux de coeur parce qu'un blog, ça peut devenir et c'est pour certains, un défouloir personnel. Comme une boîte virtuelle qui contiendrait un concentré de soi et de ses excès intimes. Il y a des jours où je désire ardemment déverser ma fureur, ma colère ou même ma joie par ici, où ma tête commande à mes doigts de frapper avec frénésie le clavier pour y imprimer mes humeurs.
Mais à peine j'entame cette démarche, que l'enthousiasme de la délivrance retombe. L'index appuie sur le touche retour et je vois les mots juxtaposés les uns aux autres s'effacer aussitôt comme si jamais ils n'avaient existé, comme si jamais ils n'étaient sortis de mes pensées. Pudeur, retenue, désir de choisir avec qui je partage les fruits de mon jardin secret.
Néanmoins, aujourd'hui, voici un épisode privé pour satisfaire le voyeurisme des quelques personnes lisant avidemment cette note (si, si, j'en connais). Je déjeunais avec un ami, une pause méritée pleine de rires et de soupirs de ceux que l'on a un mardi de semaine. Pour conclure un en-cas pris en 45 mins chrono portable en mains, le café d'usage. J'aime bien l'endroit car le personnel a le bon goût de garnir la coupelle de la tasse à café d'une amande en chocolat. Et que mon ami en question me cède toujours, toujours, la sienne. Là, incroyable veine, j'ouvre, la bave presqu'aux lèvres, l'enveloppe de plastique et je découvre une amande et demie à l'intérieur. Quel pourcentage de chance avais-je de tomber sur ce sachet ? Quel degré de risque dans le système quasi sans faille et tayloriste de l'industrie de l'emballage d'amandes au chocolat ? Il est peut-être venu l'heure que je crois en ma veine, au destin, en ma bonne étoile, que je joue au loto ou que je dise à tous ce que j'ai sur le coeur... Une amande et demie peut-elle être lue comme un signe ? Une certitude : le glas a sonné, s'ouvrent à moi les nouveaux chemins de la réflexion et de la perception. Fou l'effet que m'a fait cette amande au chocolat...
Regarder Paris défiler en marche arrière, écouter les conversations d'un groupe de jeunes adultes joyeux, bruyants, enthousiastes à l'idée de grimper dans un train en direction d'une autre capitale d'Europe, observer des étrangers empaqueter des souvenirs forcément kitschs de France. Voir la vendeuse déguisée d'une boulangerie industrielle nettoyer sa vitrine, reluquer un homme impatient de sortir des toilettes se secouer les mains, pressé qu'elles sèchent, inquiet de rater sa correspondance.
Saturer de musique italienne, compter le nombre d'énormes lunettes de soleil portées par les autochtones dans une pénombre bien plus que relative. Froncer les sourcils de scepticisme devant un étal de croissants saupoudrés de tout et fourrés d'encore pire. Déchiffrer les gros titres de la presse étrangère grâce au journal déplié sur les genoux du voisin. Traduire les publicités qui défilent inlassablement sur les panneaux déroulants...
Je me demandais l'autre jour pourquoi j'aimais de manière confuse mais sûre les voyages et plus particulièrement encore les gares, les aéroports. Sans nul doute, j'ai glissé l'essence de la réponse dans les lignes précédentes. Ces lieux, petites parenthèses temporelles et spatiales, remplis de promesses d'ailleurs, d'autres cieux, d'autres vies me grisent et me fascinent...
Je voyage de blog en blog... Je lis, je découvre les univers de chacun, j'admire le style, l'écriture, l'originalité, la créativité et l'aplomb de certains et d'autres.
Puis, je retourne sur mes pages, je scrute mes notes, je suis critique, j'aime-j'aime plus, je suis déçue de ne pas avoir fait mieux, plus inventif, plus mordant, plus pêchu, mieux écrit...
Ce soir, j'ai des envies de sens, de grandes espérances. Ce soir? Non, presque tout le temps... Mais entre raison et sentiments, je n'ai jamais su trancher.
J'enrage de ne pas consacrer plus de temps à ce qui me plaît vraiment mais en aurais-je vraiment la capacité si le temps m'était accordé? Est-ce qu'on ne se réfugie pas derrière de bonnes excuses pour ne pas avoir à franchir les montagnes qui se dressent devant nous? Les excuses sont des choses douces, confortables, dans lesquelles on aime bien se pelotonner... Est-ce que je ne dis pas "on" pour moins m'impliquer personnellement dans mes propos?...